Carnet de Route Inde du sud 2006.

22 février : Paris - Bangalore
Vol direct depuis l’automne dernier

L’Inde ... Comment aborder ce pays de plus d’un milliard de personnes et ou les divinités sont plus de 33 millions ?! Et bien en Bullet 350 justement. La petite partie de l’Inde que nous allons découvrir se fera donc au guidon de la plus mythique des motos indiennes, décrite comme étant celle qui nous sortira de tous les pièges et guêpiers en tous genres, dont l’Inde est tellement friande. Heureusement, il paraît qu’on débusque toujours un apprenti sorcier mécano Enfield en cas de problèmes …

C’est donc une sorte de voyage initiatique pour nous : la Bullet il faut la connaître dans son pays d’origine, on verra bien si elle nous accepte … Afin de mettre toutes nos chances de notre côté, nous serons pour une partie du voyage avec Chen, le père de Maÿlis, qui vit à Bangalore depuis plus de 18 mois et qui a déjà au compteur de sa Bullet 500 plus de 10 000 km dont 3000 en solo dans le Ladakh. Nous serons donc à bonne école …

23 février : La Bullet et les Percussions
11h30 : café avalé extra extra strong
12h : première prise de contact avec la Bullet qui nous attend sagement devant le garage sous sa housse : lui tourner autour, s’asseoir dessus, repérer les premières fuites et sa « reversed gearbox » si inquiétante … Les présentations sont faites.
18h30 – 20h30 : après 2 heures bien sonnées de mélopées du Karnataka College of Percussions accompagné pour l’occasion du grand saxophoniste Charlie Mariano (interdiction formelle de sortir au milieu du concert), nous étrennons enfin notre Bullet :
- le sélecteur de vitesse si court qu’il oblige à remiser les Caterpillar
- les trous de la boite de vitesse et tous les points morts intermédiaires, qu’une fois au rouge on ne retrouve plus
- les caprices du kick pour la redémarrer
- les effluves d’essence

Le tout dans la folie de la circulation indienne et plus particulièrement à Bangalore (et encore à l’heure ou on l’essaie, à 21h30, c’est loin d’être l‘heure de pointe !). Mais enfin, le verdict est là : sacré engin !

24 février : Mojito Day
Courses en Rickshaw
Opus Café

Un grand tour en Rickshaw nous permet de constater que les Bajaj Pulsar et les Hero Honda sont légion (faut dire qu’elles coûtent 2 fois moins cher qu’une Bullet). Fait amusant, les Hero Honda étant importées, les indiens les conduisent inversés (sélecteur à gauche), nous sommes à égalité avec eux ! Il reste cependant quand même quelques irréductibles Enfieldiens sans oublier les Yizdi.

25 février : D Day
Lever pénible à 09h30 un peu dans le gaz (ben ouais 2 mojitos ça donne soif …) suivi immédiatement d’1h30 de va et vient dans le gymkhana bangalorien, pour ne pas perdre la main et tenter de trouver l’introuvable : un sélecteur de vitesse pour touristes caterpillariens et un bout de pain ! Peine perdue, les sélecteurs ont tous la même taille (faut dire que les autochtones roulent en tong) mais ça nous permet de mettre la main sur un spare tank, magnifique réservoir RE chromé (sans ses ignobles boutes de caoutchouc, dixit le pater).

13h : départ de l’excursion déjeuner à 40 bornes au nord pour tester la Bullet et ses conducteurs à vive allure. Equipée sauvage, la 350 accroche presque la 500.

Mis à part quelques soucis de rétrogradage à vive allure (la 3ème ne passe pas, il faut aller jusqu’à la 2ème, ce qui pénalise un peu l’effet du frein moteur !), tout se passe à merveille et nous rallions Devanalli en 1h15.

14h30/15h45 : bonne petite bouffe (très épicée) dans la gargotte en extérieur, mais c’est pas tout ça, faut y aller ! Y’a train pour Cochin le soir.
16h : 4 km plus tard, le câble d’accélérateur lâche. Heureusement, on est à 2 motos (mais ça fait aussi 2 fois plus d’emmerdes comme dit le pater), et l’équipe de secours revient triomphalement 30 mn plus tard à 3 sur la RE avec 1 mécano sans oublier le nouveau câble.
25 mn de main d’œuvre et 50 rupees (1 €) plus tard (leçon de mécanique muette incluse), nous repartons dare-dare (ben ouais y’a toujours le train ce soir), heureux.
Bon la poignée d’accélération se décolle un peu, mais c’est pas très grave !
Packing fissa sans oublier le petit sac de pièces détachées (1 câble d’accélérateur, 1 câble d’embrayage, des vis platinés pour l’allumage, un maillon de chaîne et une bougie), une petite bière de départ et hop direction la gare dans un harnachement impressionnant : sacoches remplies du pique-nique pour la nuit dans le train, sac à dos, sacoche réservoir, trousse de toilette, Caterpillar (on ne sait jamais) …
La Bullet se fait emballer (racket organisé) dans de vieux bouts de cartons et de sacs de jute.

1 km de quai à parcourir pour accéder au bar wagon couchette climatisé ou il doit faire 5 c° !
21h45 : le train s’ébranle
21h52 : tous les indiens pioncent
21h57 : souris et cafards en vue
23h30 : dodo après un délicieux sandwich au gigot d’agneau et son verre de Grover (cépage chardonnay-shiraz des plaines de Bangalore )

26 février : Malabar Day

1h : réveil (trempés dans nos 4 couches de vêtements, la clim a été coupée, on se désappe en priant qu’ils ne la remettent pas dans une heure !)
2h : réveil
3h : réveil
4h : réveil
5h30 : « coppee coppee! » (café café)

10h pétantes : arrivés à Ernakulam Town, ville moderne qui jouxte Cochin. 10 mn d’arrêt, à peine le temps de remonter les 52 wagons qui nous séparent de notre Bullet, mais elle est bien là, fraîchement débarquée, alors que le train s’ébranle à nouveau. Bon le réservoir s’est pris 2-3 schtars dans l’histoire mais ce n’est pas très grave …. On réparera ça à la prochaine panne.
15 bornes pour rallier Fort Cochin, havre de paix et de douceur, ancien comptoir hollandais sur la côte Malabar.

26 – 27 février Cochin

Bon, on l’avoue, on a roulé sans casque mais c’est trop tentant. Et puis bon, 15 km/h dans les ruelles du vieux quartier colonial, c’est pas bien méchant

Sinon, parmi les temps forts :
- les croassements entêtants des corbeaux et les sirènes des paquebots la nuit
- le délicieux dîner au Malabar House, le plus bel hôtel de Fort Cochin
- les 10 mn de Kathakali dance (on n’a pas tenu plus)
- les filets de pêcheurs chinois suspendus
- les gargottes au bord de l’eau et leur gin frelaté
- la chiure de la mouette qui volait au dessus de la gargotte
- l’heure et demie de négo pour acheter 2 petites chaises et gagner 10 € !

28 février : Boat Day

Première véritable étape : Cochin - Allepey : 55 km en 2 h sans encombres (mais noirs de cambouis), pour rallier notre house-boat ou nous passerons la nuit au milieu des back waters du Kerala.
Le plein de boissons alcoolisés dans un infâme boui-boui ou les clients attrapent avidement mais d’un air coupable, une bouteille de gin ou de rhum. Regards noirs, il ne faut pas traîner. Nos trois membres d’équipages ne sont d’ailleurs pas en reste.
La Bullet soigneusement remisée à quai en sécurité dans le garage du patron.

Farniente au fil de l’eau, nous naviguons doucement … très doucement.

17h : Au moment du sunset, les malabars ont voulu nous parquer dans le canal le plus passant du coin, où leurs potes les attendaient pour boire un coup.
Pas dupes, nous avons tenu bon et obtenu d’être sur le lac plus au large … non mais ho, alors !

Dîner : horreur ! notre doux breuvage (du vin de Goa) s’avère complètement madérisé (ou alors c’est le Porto local), nous le laissons aux malabars …
21h15 : le dîner terminé, nos livres étant restés à Bangalore, nous craignons l’ennui : heureusement, nous avons la compagnie des quatre malabars et de quelques 120 millions de moustiques. Pschiiit pschiiiit ! nous nous aspergeons de l’anti-moustique qui marche à merveille! Les stickmous gardent leur distance pour l’instant, plaqués contre le mur, mais nous sommes sur nos gardes …
21h18 : les malabars s’enquièrent de notre heure de coucher, nous sommes inquiets …. Que veulent ils exactement ?

1 mars : Dry Day

1h : réveil
2h : réveil
3h : réveil

Ca vous rappelle quelque chose ? Nous aussi
Nous avons choisi de fermer portes et fenêtres transformant notre chambrette en four …
Les malabars ont fait un peu de bruit mais moins que les chats hurlants ! Nous les avons un peu pressés au réveil pour qu’ils nous ramènent vers notre chère Bullet : y’a de la route !

Bonheur de reprendre notre gros mono et notre indépendance à la fois. Nous traversons d’abord les étendues marécageuses des backwaters avant de monter vers Thekkady, à 150 km, aux portes du Periyar National Park. Nous arrivons sans pépins après 5 h de route (et oui, 25 km/h de moyenne !) et nous nous mettons en quête du Periyar House, chaudement recommandé par un contact à Bangalore. L’hôtel se trouvant dans l’enceinte du parc, il faut d’abord s’acquitter du droit d’entrée (625 INR quand même, soit 12 €), sans même savoir si l’hôtel a de la place.
L’hôtel s’avère en fait puissamment vide, normal c’est un blochaus infâme, certes très compétitif en pension complète (les portes du parc ferment à 18h), mais sordide. Nous fuyons ce remake de Shining. Ce sera notre seule incursion dans ce parc de 77 ha ou nous n’aurons vu que des silhouettes en carton pâte d’animaux sauvages.

En quête d’un peu de confort (indispensable après 5 h de route), nous nous réfugions dans un hôtel un peu plus haut de gamme, avec bungalows dispersés sur une colline dans un jardin d’épices, et surtout avec un wine & beer parlour (l’état du Kerala est assez strict en la matière et l’alcool est une denrée rare).

Eau chaude, draps soyeux, whisky coca (du duty free) et gros glaçons : LA DETENTE !

20h :L’heure du dîner
Alléchés par la perspective de déguster une bonne bouteille de Grover, toujours le cépage indien, nous décidons de rester dîner à l’hôtel. Le rêve se transforme en cauchemar, c’est en effet dry day aujourd’hui : le 1er jour de chaque mois, une loi fédérale interdit la consommation d’alcool. Damned ! Quant aux plats, on n’a pas vu plus épicé dans tout notre périple, y compris les spaghettis bolognaises ! Même le riz blanc est épicé, et les indiens eux mêmes s’en sont plaints…

En discutant avec les responsables de l’hôtel, nous apprenons qu’un groupe de 130 motards anglais au guidon de 130 Enfield, sont passés ici la veille ! Dommage, ça aurait été sympa de se croiser … L’organisation est anglaise, Enduro India, avec un concept sympa : les motos sont achetées neuves à Royal Enfield et revendues trois semaines plus tard à une organisation humanitaire qui se charge de les revendre ensuite à Royal Enfield, empochant au passage une marge destinée à financer leurs actions.

2 mars : Thekkady – Munnar
Départ 10h avec le plein d’essence
Distance théorique : 100 km
Temps de trajet théorique : 5h
Heure d’arrivée prévue : 15 h

Fourvoyés par de fausses indications, nous tournons en rond autour de Thekkady pour nous retrouver 2 h plus tard à à peine 1 mile de Thekkady, totalement déprimés, mais, sur enfin la main road, qui s’avère totalement impraticable pendant plus de 30 bornes (vitesse de pointe 15 km/h). Nous préférons ne pas ré-ajuster les pendules…

Heureusement, la route s’arrange ensuite et nous gagnons du temps sur le déjeuner (15 mn montre en main, 62 grains de riz et 2 bananes, arrosé d’une eau gazeuse périmée depuis 2004). Le paysage est de plus en plus beau : arbres immenses, forêts d’épices puis enfin les vallons verdoyants des plantations de thé tant attendues, sur fond de lac. Grandiose…

Pause photo dont on mettra une demie heure à re-décoller : le flotteur du carbu est resté coincé et la Bullet pisse l’essence. Quelques petits coups de caillasse presque chamaniques sur le carbu, et hop, c’est reparti ! Comme il est déjà 16h et qu’il reste plus de 20 bornes, nous nous promettons de ne plus faire de pause photo. 4 km plus loin, la tentation est trop forte : arrêt moteur allumé, en gardant une légère accélération …

17h : Arrivée à Munnar, éreintés, après 7 h de route, les os brisés, les muscles congestionnés mais heureux d’être à bon port une fois encore. La petite ville ronronne de ses multiples groupes électrogènes, à l’exception de celui de l’hôtel où nous envoie notre ex-futur hôte recommandé par nos contacts de Bangalore (Mr Hype… Mr Hyde ?), ses ravissants cottages pourtant réservés et re-confirmés maintes fois au téléphone, sont complets. Nous nous retrouvons dans notre cloaque sans électricité (une bougie finira par arriver au bout de 30 mn), sans eau, dans une ambiance de veillée funèbre dans l’attente d’une hypothétique douche, lovés au creux d’une gigantesque couverture de laine à l’effigie d’un titi géant…

Une heure passe, nous décidons, toujours poisseux, de chercher un resto autorisant la consommation de Grover (soigneusement acheté le matin même à Thekkady), mais c’est peine perdue : encore un dry day pour nous, aucun n’a la licence … Nous trouvons quand même de quoi nous désaltérer avec une bière indienne, la Kingfisher (la meilleure) dans un bar louche, derrière les toilettes d’un hôtel. Les regards sombres des indiens saouls n’étant guères encourageants, nous quittons rapidement le Ice Bar de Munnar pour absorber un infâme « macaroni augratin ». Leçon du jour : en fait, il vaut mieux s’en tenir à la bouffe indienne en Inde.

3 mars : Wet Day

9h45 : la Bullet ne démarre pas. Ca tombe bien, nous comptions aller voir un mécano…

20 minutes plus tard, arrive Eugene au Titi Hotel, présenté comme the spécialiste des Bullet depuis 20 ans (il a du commencer au berceau).

La Bullet démarre au quart de tour, une fois le coupe-circuit, malencontreusement actionné durant la nuit par un sombre rigolo, remis en position initiale. Sans commentaires. Mais Eugène détecte rapidement au bruit (tac tac) que la chaîne d’embrayage est un peu lâche. Nous voilà partis tous les 3 en Bullet vers son atelier.
Cinq heures et 6 thés plus tard, la Bullet est remise à neuf, prête pour l’étape suivante, mais la pluie qui s’était déjà manifestée durant la journée redouble d’intensité et nous voilà scotchés une heure de plus dans l’atelier. No sightseeing, no trekking, no boating, no dejeuning …
Charmante étape !
Mais au moins, finirons-nous la journée, un peu moins cons et un peu plus bricoleurs, après cette dissection muette de la Bullet. Et puis le sourire et la gentillesse d’Eugene valent tous les treks du monde …

Check-up d’Eugène :
- Clutch Chain (primary chain) retendue et nettoyage de l’embrayage
- Connexions électriques à la batterie pour réglage de l’ampèremètre
- Nettoyage du carbu et vérif du flotteur
- Nettoyage du filtre à air
- Vérif freins arrière : démontage roue et tension chaîne (changer kit chaine bientôt), nettoyage du pignon de chaîne
- Nettoyage de la bougie
- Changement des vis platinés
- Changement du câble d’accélération (encore ! ben oui, c’était pas le bon modèle…)

17h : on décolle enfin, c’est pas le tout mais faut trouver un hôtel digne de ce nom pour la nuit. La Titi Room ça va bien un soir ! Evidemment, on se fait saucer au bout d’un kilomètre, mais la route est magnifique et nous trouvons au Blackberry Hills de très jolis cottages nichés sur la colline, à flanc de falaise offrant un panorama à 180 ° sur les collines verdoyantes … Nous apprécions enfin Munnar du haut de notre terrasse où nous dégustons un welcome tea et un bon apéro, avant de nous diriger affamés vers le resto où (on nous l’a promis) nous pourrons enfin déguster notre Grover baladeur.
La salle de resto est vide, mais nous avons 6 serveurs pour nous, qui s’affairent prestement à l’ouverture du Grover. Devant l’étendue du forage creusé dans le liège, nous décidons tous les 8 de pousser vigoureusement ce satané bouchon, qui nous fait encore obstacle, dans la bouteille, et armés d’une passoire, nous filtrons le breuvage dans deux grands verres.
Après enfin un bon dîner sans épices, nous nous couchons sur le coup des 22h30 : demain lever 05h30 pour la grande virée vers Coonoor.

4 mars : La Bullet et l’Eléphant (Staying Alive Day)
2h15 : réveil de Maÿlis
2h55 : réveil de Cyril

Insomnie jusqu’à 5h, satané thé !

7h25 : c’est le grand départ, bananes en poche, parés pour la bataille
7h27 : arrêt photo au view point, un indien surgit pour nous proposer de l’herbe. Nous refusons sagement, la journée s’annonce déjà assez difficile comme ça !

15h15 : arrivée à Coonoor après plus de 8h de route, noirs de cambouis et éreintés, mais fiers d’être arrivés avant le grand maître Chen, venus nous rejoindre de Bangalore avec sa Bullet.
On ne tarde pas d’ailleurs à entendre les ronflements de la 500, et nous ne parvenons toujours pas à comprendre comment il a pu arriver 20 mn après nous :
- en étant partis une heure après notre heure de départ
- en s’étant arrêté 2 h en tout
- avec 50 km de route en plus

Avec lui, Doy évidemment, mais surtout du saucisson, du pâté, du camembert et quatre bouteilles de Grover. Nous leur racontons nos péripéties de la journée parmi lesquelles la charge de l’éléphant, où l’on apprend qu’une Bullet va plus vite qu’un pachyderme, mais moins vite qu’un indien qui tente de rattraper en courant son acolyte qui a lâchement pris la fuite sur le deux-roues !

Sans oublier l’homme qui avait des poils sur les oreilles et qui louchait terriblement, le visage un peu tordu, s’enquerrant gentiment auprès de Cyril : « and what is your beautiful name ?! ». Glaçant, il en fait encore des cauchemars …

5 mars : Bloody Sunday (encoreunepanne day)

11h : tiens la Bullet ne démarre pas, comme c’est étrange. L’absence de résistance à la compression semble indiquer une défaillance de l’embrayage.

12h : toujours pas de mécano, le gérant de l’hôtel nous avait pourtant annoncé 10 mn. Il repart pour la 2ème fois en nous annonçant : « two minutes » avec un grand sourire un peu gêné.
En attendant, on se commande des thés. Déjà le 2ème, attention la nuit risque d’être dure !

12h30 : la fine équipe débarque enfin et diagnostique immédiatement une usure des garnitures de l’embrayage. Curieux, nous n’avons pas du tout patiné hier et Eugène les avait nettoyés avec soin. Les voilà donc en train de changer l’embrayage mais l’épaisseur des garnitures du jeu neuf ne semblent pas tellement plus épaisse.

20 minutes plus tard, verdict : la Bullet ne démarre toujours pas. Notre merveilleux Eugene n’est donc pas en cause, et nous n’avons donc pas patiné pendant des heures comme semblait l’insinuer le grand maître Chen. L’honneur est sauf mais pas la Bullet. Les 4 affreux disparaissent alors avec la moto, nous laissant tous les 4 un peu désemparés. Nous décidons de casser la croûte, résignés, mais enthousiasmés à l’idée de savourer nos coulommiers et autres charcutailles …

La Bullet réapparaît 2 heures plus tard dans un bruit de casseroles : un cliquetis angoissant émane de la culasse et la compression a définitivement disparu. Et pourtant elle tourne ! 30 minutes de dialogue de sourds avec nos comparses : on ne saura jamais ce qu’ils ont fait durant ces 2 heures.

Atterrés, nous constatons que tout est à refaire, mais décidons de la tester le temps d’une balade pour ne pas gâcher totalement la journée : versants plantés de thé, vertigineuse chaîne des Nilgiris à plus de 2000 m qui domine la plaine de Coimbatore à perte de vue, c’est magnifique. Au view point, une ribambelle de singes s’amuse avec la Bullet.

6 mars : Bullet revival !

23ème coup de kick, la Bullet démarre, toujours sans compression.

Nous voilà partis à Ooty à 13 km trouver un mécano digne de ce nom. Route pénible, la Bullet monte péniblement les côtes en l’absence de compression, ce qui rend quasi impossible tout dépassement. Du coup, nous sommes gazés en permanence.

Nous dénichons rapidement une équipe de mécanos qui cerne immédiatement le problème et ajuste les tiges des culbuteurs : exit le bruit de casseroles et retour de la compression. Nous retrouvons enfin toute la vigueur du mono. Tant mieux, car demain c’est la méga étape 290 km pour rentrer à Bangalore.

Mais nous avons encore un peu de temps à passer à Ooty, il est seulement midi et ce ne sont pas les nuages noirs menaçants qui nous feront déguerpir vers notre hôtel.

Nous décidons d’aller visiter et casser la croûte vers un vieux palais appartenant au roi de Mysore (qui vient paraît il de temps en temps passer la journée avec sa cohorte de serviteurs). Le palais est effectivement immense avec ses multiples chambres, salle de danse avec balcons, cuisine démesurée, terrasses abondantes et bar à disposition. Il est en fait encore en travaux, pour être transformé d’ici peu en un luxueux hôtel.

Nous trouvons juste à côté une demeure du même style, mais beaucoup plus simple, qui sert du délicieux chicken grillé sans épices, adouci de bière Kingfisher fraîche, le bonheur !
Nous rentrons repus et heureux par la petite route devenue merveilleuse.

Soirée veille de départ : l’équipe est en forme, nous rions beaucoup, le Grover coule à flots, nous faisons une ballade Enfieldienne nocturne jusqu’à l’église de Coonoor qui surplombe la ville : joie de se croire seul au monde.

7 mars : La Bullet et la Vache
6h30 : le réveil sonne
7h10 : les œufs fris sont avalés, les 4 cafés aussi, nous émergeons doucement
7h28 : départ de la 1ère équipe, Maÿlis et Cyril, confiants, afin de prendre un peu d’avance sur la 500.

Nous descendons alors la montagne pour rejoindre la plaine de Mysore, paysage magnifique surplombant les nuages, les 36 hairpin bends (virages en épingles à cheveux) décomptés par des panneaux indicateurs nous font mener la grande aventure. Enivrés, nous ne nous arrêtons pas comme pourtant convenu avec le grand maître Chen après le dernier des hair pin bend, et décidons de continuer la route, s’imaginant que l’autre palanquée a du prendre l’autre route, (sinon il nous aurait déjà dépassés, non ?)

A la traversée d’un petit hameau, Maÿlis saute littéralement de la machine pour se ruer, appareil photo à la main, sur le troupeau de vaches indiennes dont nous sommes si friands : il nous faut des photos de vaches pour le site !

Nous décidons d’attendre Chen (on ne sait jamais) et essayons de se joindre sur les portables, pas de réseau évidemment. A peine ré-enfourchés sur la Bullet, une 500 fumante et nerveuse déboule dans notre giron, on entend vociférer Chen, qui inquiet de ne pas nous voir, avait attendu près de 30 minutes …..à la sortie du dernier hairpin bend …. Excuses faites, nous reprenons la route.

Route qui s’avère encore magique, nous traversons une réserve où nous apercevons quelques éléphants. Nous décidons de nous retrouver à Gudlunpet, à une vingtaine de kilomètres.
Gudlunpet atteint, une pose clop s’impose et, le mégot jeté, Cyril reprend la Bullet, Chen suivant quelques centaines de mètres derrière.
Belle route dont l’horizon est dessiné par les branches d’arbres magnifiques, pas beaucoup de monde sur l’asphalte, un petit troupeau de vaches, au loin, sur la droite, un rickshaw fumant devant, Cyril dépasse aisément le tricycle tout en surveillant que les bus et camions meurtriers n’apparaissent pas dans le rétro ou à l’horizon. Soudain, une des vaches, sans doute piquée par la folie, décide tout à coup de se jeter à la vitesse de l’éclair sous nos roues : cris d’horreur de Maÿlis et de Cyril, ce dernier s’arqueboute sur les freins faisant hurler la tôle de la vieille Enfield, freinage d’urgence qui ne sera malheureusement pas suivi d’un évitement : la Bullet se couche et nous dérapons tous les 3, entraînés malgré tout par la vitesse. Après avoir eu l’impression d’être passés dans une machine à laver, nous nous mettons tout de suite debout afin de s’assurer que tout le monde va bien : en premier soi même, ensuite l’autre, puis la Bullet et enfin la vache (qui évidemment a réussi à esquiver la 350 au dernier moment). Nous nous retrouvons de suite avec 15 indiens dont l’un a eu la bonne présence d’esprit de dégager la moto de la route.

Nous pensons à arrêter Chen et Doy, qui devraient passer devant nous d’ici peu de temps, et voyons arriver une Bullet lancée à plein régime, dépassant par la gauche un bus, tout en klaxonnant comme un diable, sans évidemment remarquer l’attroupement à droite ainsi que nos cris et gestes d’alerte. Pensant que nous étions lancés à pleine vitesse, Chen ira jusqu’à Mysore, ou il attendra, plus inquiet que jamais, 30 minutes devant une double vodka tonic !
Pour notre part, déprimés de l’avoir vu passer aussi vite, nous faisons des coups de kick énervés craignant de ne pas redémarrer, ah mais oui, le circuit a été coupé pour éviter le serrage moteur, ouf on redémarre : c’est qu’on a encore 200 km à faire !

Pause agréable un peu avant Mysore afin de s’asperger d’alcool à 90 ° (Maÿlis a eu la bonne idée de retirer ses gants dix minutes avant la vache folle) et de vérifier la bonne tenue de l’huile dans la machine.

Arrivés au Lalitah Palace de Mysore (immense palais assez kitch et chic) et après une petite engueulade au téléphone avec Chen, inquiet, nous dégustons un succulent Gin Tonic, ouf ! plus de peur que de mal, Chen et Doy ont eu eux aussi leur lot de frayeur, un camion a faut demi tour devant eux alors qu’ils roulaient à 100 km/h …. Le visage noir, les mains et les genoux saignants, nous prenons un agréable déjeuner dans la grande salle de l’hôtel, bercés par la cithare.

Allez ! il reste 130 km pour Bangalore, heureusement c’est une autoroute entrecoupée de trous, de sable et de gravier, avec des autocars, des vaches et des rickshaw en contre sens, mais c’est une autoroute !
Nous arrivons exténués, encore plus noirs que noirs, les monstrueux embouteillages dans les rues tentaculaires et inextricables de Bangalore nous ayant donné le coup de grâce… Cyril va se coucher au milieu du repas, Maÿlis croit encore qu’elle est en forme.

8 mars : Bye Bye Bullet

Bon réveil après une nuit réparatrice, nous nous dirigeons tout de suite chez Fayrouz , qui va pouvoir nous remettre la 350 en bon état :
- redresser le pare –carter pare-jambe
- redresser la poignée de levage de l’arceau arrière
- remettre le plein d’huile (il en restait très très peu)
- revisser une des vis fermant le haut de la culasse qui avait sauté lors de la chute
- resserrer le frein arrière
- réajuster la garde de l’embrayage et changer la poignée

Et voilà ! notre chère Bullet est remise à neuf. Quel bonheur de rouler avec elle, nous profitons pleinement des derniers moments, la séparation est proche…

Minuit : nous quittons la maison tout en caressant le réservoir bombé, en la remerciant secrètement d’avoir pris soin de nous durant ce voyage. Emmanuel, son propriétaire, sera ravi de la retrouver : il nous l’a quand même prêtée pour 2 semaines, alors qu’il l’utilise normalement tous les jours à Bangalore et quand on sait ce que donne la circulation en voiture, c’est un sacré cadeau.

Nous quittons le sol indien, on n’a pas chômé ! ce fut dense et intense ….